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« Achetée » — pourquoi Nathalie, pourquoi maintenant

il y a 11 minutes
4 min de lecture

Depuis fin septembre, dans les groupes qui défendent Curtis, la mère d'Élisa Pilarski est « achetée », « payée ». Pendant près de sept ans, ces mêmes groupes l'avaient à peu près épargnée.

Ce qui a changé : pour l'appel, Nathalie a choisi Me Guillaume Demarcq, qui représentait la Société de Vènerie au procès de Soissons.

Ce qui n'a pas changé : ce qu'elle dit. Elle n'a pas changé d'avis en septembre. Elle le disait déjà, et on ne lui répondait pas.


Ce qu'elle dit, et depuis quand

Nathalie a d'abord cru à la meute. Elle l'a raconté elle-même à la barre, le 5 mars 2026 : « Monsieur Ellul a cru dès le début que tout le monde complotait contre lui. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'après le décès, nous étions sur la même longueur d'ondes avec lui. Nous étions sous le choc. » La famille a hébergé Christophe Ellul neuf mois.

Puis elle a lu le dossier, autopsie comprise. Le jugement du 11 juin 2026 le relève.

Depuis, elle a parlé plusieurs fois, et toujours pour dire la même chose.

À Christophe Ellul lui-même. « Un chien reste un chien. On ne peut pas savoir toutes ses réactions. » Et : « Tu n'étais pas là au moment des faits. » Elle a répété ces phrases au tribunal ; ce sont celles qu'elle lui avait toujours dites.

À qui voulait l'entendre. « Ce n'est pas Christophe qui a tué Élisa, c'est son chien. » La phrase ne cherche pas un coupable à haïr. Elle sépare un homme de ce que son chien a fait.

Dans les groupes, le 6 novembre 2021. Un hommage à Élisa y était annoncé pour l'anniversaire de sa mort ; les visuels ne montraient que le chien. Elle a écrit : « Je vous interdis d'associer la mobilisation pour Curtis à un quelconque hommage à Élisa. » Quelques minutes plus tard, le fil reprenait comme si de rien n'était.

Au tribunal de Soissons, en mars 2026. Elle n'a réclamé aucune peine. Elle a dit que le peu de doute qu'elle gardait, elle ne l'avait plus. Et elle a dit ce qu'elle était venue chercher : « Nous voulions savoir très exactement ce qu'Élisa lui a dit quand elle l'a appelé au secours. »

Ceux qui l'ont vue à l'audience ne s'y sont pas trompés. L'avocat de Christophe Ellul lui a rendu hommage dans sa plaidoirie : « Elle n'a aucune haine. » La procureure a dit au prévenu, devant elle : « Elle vous aurait pardonné. »

Voilà la femme qu'on dit achetée : une mère que l'avocat de la défense lui-même dit sans haine, et qui répète la même chose depuis qu'elle a lu le dossier.


Ce que ce choix d'avocat est, et ce qu'il n'est pas

  • À Soissons, la famille et la Société de Vènerie étaient du même côté de la barre : parties civiles l'une et l'autre, face au même prévenu.

  • Me Demarcq y représentait l'institution, et non l'équipage qui chassait ce jour-là. Il l'a précisé dès le premier matin.

  • Il n'a demandé aucun dommage et intérêt. Il a rappelé que la vraie victime était la famille d'Élisa.

  • Le tribunal a jugé la constitution de la Société de Vènerie recevable mais mal fondée.

  • Nathalie et Vincent ne cherchent pas un euro de plus. Ils veulent que Christophe Ellul reconnaisse le rôle de son chien, et connaître les derniers mots d'Élisa.

  • Nathalie n'a jamais demandé l'euthanasie de Curtis.

Ceux qui ont suivi l'audience se souviennent aussi de deux moments. C'est à une question de Me Demarcq que Christophe Ellul a confirmé qu'Élisa, au téléphone, n'avait jamais parlé de chiens de chasse à courre. Et c'est à une autre de ses questions qu'il a répondu, le deuxième jour : « Aujourd'hui, oui, je l'accepte et je le crois. » Il s'est repris le lendemain.

Je ne sais pas pourquoi la famille a choisi cet avocat, et ce n'est pas à moi de le dire. Je constate qu'elle cherche une reconnaissance et des mots, et que ces deux moments sont ceux où l'audience s'en est le plus approchée.


« Achetée » suppose un acheteur, un prix et une contrepartie. Aucun des trois n'est désigné. On peut discuter le choix d'un avocat ; on ne peut pas affirmer une corruption sans pièce. Si quelqu'un détient la preuve d'un paiement, qu'il la publie.


Alors pourquoi maintenant ?

Parce qu'une phrase, on peut passer dessus. Il suffit de faire défiler, comme en novembre 2021. Un avocat, non : c'est un acte, et c'est l'avocat de la vènerie.

Dans ces groupes, l'affaire a deux camps : Curtis et la chasse. La famille d'Élisa n'était dans aucun, et c'est ce qui la protégeait. Ce qu'elle disait ne comptait pas. Ce qu'elle vient de faire la range, aux yeux de certains, dans le camp d'en face.

Devant cet acte, il reste deux sorties.

Réviser. Admettre que la mère de la victime, qui a lu le dossier, ne croit pas à la meute, et qu'on s'est peut-être trompé. Le prix : sept ans de publications, de pétitions, d'amitiés nées dans les groupes.

Disqualifier. « Elle est achetée. » Le prix : un commentaire.

On choisit la moins chère. Quand un fait heurte une croyance dans laquelle on a beaucoup investi, c'est le fait qu'on corrige, pas la croyance. Le choix de Nathalie n'est alors plus lu comme une information, mais comme une preuve de plus du complot. Une théorie où chaque démenti devient une preuve ne peut plus être démentie par rien.

La première sortie existe pourtant, et quelqu'un l'a prise : Nathalie. Elle croyait à la meute. Elle a lu, et elle a changé d'avis.


Le mot qui lève l'interdit

Reste un obstacle : on n'attaque pas une mère qui a perdu sa fille. Presque tous ceux qui écrivent « achetée » le savent.

Le mot lève cet obstacle. Il ne répond à aucun argument ; il change une catégorie. Une victime appelle des égards, une complice n'en appelle aucun.

Nathalie n'a pas changé de camp. Elle n'en a jamais eu qu'un : celui de sa fille.

 
 
 

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