
Affaire Elisa Pilarski : Les Jours d’Après
- 1 mars
- 6 min de lecture
Dans les jours qui suivent la mort d’Élisa, alors que les médias la présentent comme « la femme de Christophe Ellul », son épouse légale — séparée depuis plus d’un an (elle lui a annoncé la rupture en août 2018, même s’ils ont continué à vivre sous le même toit jusqu’en février 2019) — reprend brièvement contact avec lui.
Quelques mois plus tôt, en juillet 2019, une intervention d’un officier de police judiciaire et d’un autre fonctionnaire avait été nécessaire après son appel à la gendarmerie. Elle s’était rendue sur place avec son père, après avoir informé Christophe de sa venue pour récupérer son vélo et Lucky, un chien du couple resté au domicile conjugal. Un cadenas et une chaîne avaient été installés sur la grille, l’empêchant d’entrer. Lucky et son vélo lui avaient été remis à la grille.
Échanges de messages, retour à Saint-Pierre-Aigle, scènes ordinaires et comportements dissonants : son témoignage documente un après immédiat encore brut, avant les enterrements, avant le deuil, dans un moment où la réalité juridique, intime et médiatique semble profondément disjointe.
Le présent récit s’appuie sur ses déclarations, documents et échanges conservés, et restitue les faits tels qu’elle les rapporte.
* Amélie est un prénom d’emprunt pour l’ancienne épouse de Christophe Ellul.
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16–17 novembre
Le 16 novembre 2019, Élisa meurt.
Le lendemain, 17 novembre, Amélie* n’a plus aucun contact avec la famille Ellul. Christophe est bloqué. Sandrine, la sœur de Christophe, est bloquée. Tous les membres de cette famille le sont. La rupture est ancienne, volontaire, totale.
Lorsque Sandrine tente de la joindre, elle n’y parvient pas. Amélie* l’a bloquée, comme elle a bloqué l’ensemble de la famille Ellul. Sandrine appelle alors le père d’Amélie*.
Dès les premiers mots, l’échange devient incompréhensible. Sandrine annonce :
« La femme de Christophe est morte. »
Le père d’Amélie* ne comprend pas. Pour lui, la femme de Christophe, c’est sa fille. Il répond immédiatement qu’Amélie* va bien, qu’il a mangé avec elle la veille au soir, qu’il l’a vue, qu’il n’y a aucun doute possible.
Sandrine répète.
Une première fois.
Puis une deuxième fois.
Toujours la même formulation.
Le père d’Amélie* insiste : sa fille est vivante, il était avec elle la veille.
L’incompréhension est totale.
Ce n’est qu’à la troisième répétition que Sandrine corrige enfin et précise qu’elle parle d’Élisa.
Mais le choc est déjà là.
Ce qui sidère le père d’Amélie*, au-delà de l’annonce elle-même, c’est que Sandrine l’ait appelé lui, alors qu’ils ne se parlaient plus depuis plus d’un an.
Il appelle immédiatement sa fille.
C’est ainsi qu’Amélie* apprend la mort d’Élisa.
Amélie* rappelle ensuite Sandrine. Elle cherche à comprendre. Ce qui la frappe, c’est la voix : pas de plainte, pas d’effondrement, pas de tristesse perceptible. Plutôt une nervosité, une fébrilité. Avec le recul, Amélie* a le sentiment troublant qu’il y avait aussi une forme de satisfaction à être celle qui annonçait la nouvelle en premier.
Malgré tout, Amélie* débloque Christophe.
Elle lui envoie un message de soutien.
Les échanges reprennent.
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Les échanges
Mardi 19 novembre 2019, Christophe écrit à Amélie* à plusieurs reprises.
Dans la matinée, il lui envoie une série de messages au sujet de Curtis. Il évoque une « erreur » d’un gendarme, le fait d’avoir dû ramener le chien à la gendarmerie, un comportement qu’il décrit comme soudainement « transformé », une morsure qu’il minimise. Il explique avoir envisagé l’euthanasie, avant qu’un maître-chien gendarme ne lui dise que le chien était traumatisé et devait se reposer. Curtis serait placé en quarantaine, suivi par deux vétérinaires, récupérable « dans quarante jours si tout va bien ». Il ajoute que Curtis se serait battu « contre trente chiens », aurait reçu des morsures, « mais rien de grave ».
À 13 h 34, Amélie* lui écrit.
Elle indique qu’elle doit se rendre à Saint-Pierre-Aigle le lendemain, qu’elle a retrouvé le carnet de Chivas — un chien qu’elle n’avait pas pu récupérer auparavant, Christophe refusant de le lui céder, mais dont elle avait conservé les papiers — et demande s’il faut le déposer à la gendarmerie ou le laisser à la maison. Elle conclut : « Courage, et ne fais pas le con. »
Christophe répond que « ça ne va pas », qu’il doit « récupérer les corps aujourd’hui », et précise qu’ils sont séparés.
Il ajoute qu’il devrait avoir un rendez-vous avec le président de la République, Emmanuel Macron.
Amélie* répond simplement : « Je me doute… mais tiens le coup… »
Le soir même, à 22 h 28, Christophe écrit de nouveau. Il demande à Amélie* de ne pas venir le lendemain. Il évoque une rue « blindée de journalistes » et difficilement accessible. « C’est trop compliqué, là. »
Le lendemain, mercredi 20 novembre à 6 h 47, Amélie* répond. Elle accepte de ne pas venir ce jour-là. Elle précise qu’elle ne souhaite venir que pour récupérer les chattes. Elle demande simplement que de l’eau et des croquettes soient données aux chats.
Ces échanges ont lieu trois à quatre jours après la mort d’Élisa.
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Les prises de parole
Le mercredi 20 novembre 2019, Christophe Ellul accorde plusieurs interviews.
Il s’exprime notamment sur BFM, dans L’Union, ainsi qu’auprès du Nouveau Détective.
Dans ces prises de parole, il explique qu’Élisa et lui vivaient dans cette maison, à Saint-Pierre-Aigle.
Ces déclarations interviennent alors même qu’Amélie*, son épouse légale, y a vécu pendant des années, qu’elle en a été tenue à l’écart depuis la séparation, et qu’une intervention d’un officier de police judiciaire et d’un autre fonctionnaire a été nécessaire quelques mois plus tôt lorsqu’elle s’est présentée pour récupérer Lucky. Elle n’avait pu accéder ni à la maison ni au jardin malgré la présence des deux militaires ; Lucky et son vélo lui avaient été remis à la grille, Christophe s’y opposant fermement selon son récit. La scène a été filmée.
Elles précèdent de quelques heures la venue d’Amélie* à Saint-Pierre-Aigle.
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Le retour à la maison
Le jeudi 21 novembre 2019, Amélie* se rend à la maison de Saint-Pierre-Aigle.
C’est une maison où elle s’est installée avec Christophe en 2008. Elle y a vécu pendant des années.
Elle est encore dans la rue lorsque Sandrine lui lance :
« La chaudière ne fonctionne plus, elle s’est arrêtée aujourd’hui. »
Amélie* se souvient que Christophe a déjà utilisé ses 500 euros de fioul sans jamais la rembourser et qu’il n’a pas participé à la réparation antérieure.
Dans la rue André-Bonvallet, la Mercedes est là.
Immobile. Abandonnée. Elle pourrit lentement sur le bord de la chaussée.
En entrant dans la maison, Amélie* est frappée par la propreté inhabituelle des lieux.
Un autre détail saute aux yeux : tout le matériel de sports canins a disparu.
Il ne reste qu’un vestige : sur la terrasse, les restes d’une piste de weight pulling, fabriquée avec le parquet du couloir de l’étage, retiré puis fixé sur des palettes — une transformation dont Amélie* dit ne pas avoir été informée et qui l’a surprise.
La salle de bains dénote.
Souhaitant aller se laver les mains, Amélie* remarque des coulures de sang séché le long de la baignoire. Elle demande ce que c’est.
Sandrine lui répond que les deux toilettes de la maison seraient bouchées (ce qu’Amelie n’a pas constaté )et qu’elle aurait dû uriner dans la baignoire, ajoutant qu’elle était indisposée.
Il n’y a plus aucun chien dans la maison.
Ice doit repartir à Rébénacq.
Marco De Kuyt est venu chercher Chivas pour le ramener aux Pays-Bas.
Drago est reparti avec Sharon de Wit dans son élevage Hitam.
Curtis est placé en refuge à Beauvais.
La télévision est allumée. BFM tourne en boucle.
Christophe est au téléphone, en haut-parleur, l’appareil posé sur le rebord de la fenêtre. Il fait les cent pas. À l’autre bout du fil, Alice Weickman, l’éleveuse de Lady. Il est demandé de ne pas parler des sports canins, et notamment du mordant.
Sandrine est là.
Sans prévenir, elle met soudainement son téléphone sous les yeux d’Amélie*.
La photo d’Élisa, sur son lit d’hôpital, le crâne recouvert de bandages blancs, le corps sous un drap.
Amélie* détourne la tête.
Sandrine recommence.
Dès qu’Amélie* redresse la tête, une autre image lui est imposée.
Cette fois, c’est Enzo, emmailloté.
À ce moment-là, Élisa et Enzo ne sont pas encore enterrés.
Le soir même du 21 novembre 2019, Curtis mord gravement Claire, une bénévole du refuge de Beauvais.
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Dans cette maison nettoyée, vidée, où les objets et les chiens ont disparu, quelque chose semble déjà fonctionner à un autre rythme.
On parle d’image.
De communication.
De ce qu’il faut dire.
De ce qu’il faut taire.
Le décalage est là.
Entre la mort encore brute, non ensevelie, et des comportements déjà projetés dans l’après.
Amélie* repart avec cette dissonance.
Rien ne se ferme vraiment.
Les questions restent suspendues.
Les images aussi.
Et c’est peut-être dans cet entre-deux — entre ce qui n’est pas encore enterré et ce qui commence déjà à s’organiser — que se loge ce qui, longtemps après, continue de déranger.





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