Affaire Elisa Pilarski : Six ans … et tellement de bruit pour couvrir la vérité
- Benoit Blanc
- 16 nov.
- 11 min de lecture
Dernière mise à jour : 19 nov.
Le Fond de Chafosse, les chiens, le bruit — et la vérité qui attend
Il existe des forêts qui enregistrent tout et n’expliquent rien.
La forêt de Retz fait partie de celles-là.
Elle garde dans ses plis plus d’histoires qu’on ne pourra jamais en raconter, et regarde les humains s’empêtrer dans leurs versions, leurs contradictions, leurs besoins de croire ou de ne pas croire.
Le 16 novembre 2019, dans un bas-fond nommé le Fond de Chafosse, elle a gardé les derniers instants d’Élisa Pilarski, enceinte de six mois.
Depuis, beaucoup de gens ont parlé.
La forêt, elle, n’a pas changé.
1. Élisa, telle qu’elle était — pas telle qu’on l’a racontée
Il faut commencer par elle.
Pas par “la victime”, pas par “l’affaire Pilarski”, pas par ce que certains ont cru bon d’écrire sur sa famille, ses doutes, sa vie privée.
Par Élisa, simplement.
Elle est forte, entière, éminemment franche.
Elle a un tempérament qui ne sait pas faire semblant, qui ne sait pas trop jouer le jeu social lorsqu’il signifie “se taire”.
Elle peut être têtue : au sens où elle s’accroche à ceux qu’elle aime, où elle pardonne encore alors que beaucoup auraient tourné la page, où elle persiste là où d’autres se protègent.
Elle est protectrice, surtout.
Des animaux. Des proches. Des chiens dont elle s’occupe.
Elle se met en travers. Physiquement s’il le faut.
Sur les réseaux sociaux, elle est parfois tranchée.
Comme tant d’autres, elle écrit vite, en direct, sans filtre, sans toujours arrondir les angles.
Ce n’est pas de l’agressivité structurelle, c’est la continuité de son caractère : elle dit ce qu’elle pense.
À propos de Curtis, elle n’a jamais écrit qu’elle en avait une peur panique.
Mais elle a dit, noir sur blanc, qu’elle avait du mal à le gérer.
Que ce chien-là était compliqué.
Qu’il ne se conduisait pas comme les autres.
Qu’il était trop puissant pour elle.
Sa famille, dans le choc et la peine, a confié certains éléments de cette histoire à des interlocuteurs qui se présentaient comme des chercheurs de vérité.
Mais ces confidences — offertes pour éclairer, pour comprendre — ont parfois été utilisées comme matière romanesque, souvent plus pour raconter Élisa que pour interroger Christophe Ellul.
Pendant qu’on détaillait son passé à elle, ses hésitations, ses pardons, le clan Ellul, lui, était observé avec beaucoup plus de précaution.
2. Contexte : une maison qui n’est pas la sienne
La relation entre Élisa et Ellul démarre en février 2019.
Neuf mois.
Une durée assez longue pour s’attacher, trop courte pour vraiment connaître quelqu’un, pour percer toutes ses zones d’ombre.
Élisa ne vivra jamais à Saint-Pierre-Aigle.
Elle y séjourne.
Quelques jours.
Elle repart.
Elle revient.
Mais ce n’est pas “sa” maison.
La maison en haut de la rue André-Bonvallet est celle d’Ellul.
On y trouve des chiens en cage, des vary kennels, du désordre, une hygiène plus que douteuse.
Un témoin racontera que, avant la mort d’Élisa, on y a retrouvé un chat mort sous un lit, en décomposition.
Cela ne constitue pas une preuve judiciaire.
Mais c’est un contexte de vie.
Et malgré cela, elle revient.
Parce qu’elle est enceinte.
Parce qu’elle veut que l’enfant à naître ait un père.
Parce qu’elle ne supporte pas l’idée que les chiens — Chivas, Curtis, Drago, Lady — restent livrés à eux-mêmes.
Parmi eux, Curtis.
Un American Pit Bull Terrier importé illégalement des Pays-Bas en 2018,
entraîné physiquement,
habitué au hang-time dans la forêt, suspendu à un boudin, à la seule force de ses mâchoires.
Un chien préparé, construit, chargé.
3. Matin du 16 novembre : Chivas, ou comment réagit Élisa
Le 16 novembre 2019, le matin, le ciel s’ouvre un peu.
Cela fait trois jours qu’Élisa est à Saint-Pierre-Aigle, enceinte de six mois, enfermée entre quatre murs qui ne lui ressemblent pas.
Elle décide de sortir Chivas, le staffie.
C’est la première fois depuis son arrivée dans l’Aisne qu’elle sort un chien d’Ellul seule.
Elle l’emmène sur le plateau, au nord du village, vers un endroit plus dégagé que le fond de la forêt : ce que Christophe appelle “le plateau”.
Un promeneur arrive avec un malinois non attaché.
Élisa ne discute pas longtemps :
elle porte Chivas, elle “engueule” le promeneur, elle protège le chien qu’elle a en laisse.
Tout est là.
On voit son réflexe : se placer entre et protéger.
Ce n’est pas anecdotique.
Ce geste raconte sa façon de réagir en situation de tension avec un chien.
Cette scène est le premier miroir de ce qui se passera plus tard.
4. Début d’après-midi : Curtis, la sortie qui ne reviendra pas
Plus tard, en début d’après-midi, elle décide de sortir Curtis.
La météo est maussade mais stable.
Il est un peu après 13 heures lorsqu’elle descend en voiture la rue André-Bonvallet.
Elle se gare au bas, près de l’entrée de la forêt, là où le bitume s’interrompt pour laisser place au chemin qui monte vers la laie du Fond d’Argent.
À environ 600 mètres, les cavaliers du Rallye La Passion se mettent en place.
Chasse à courre au chevreuil.
Chiens, cors, consignes.
Les experts diront plus tard qu’on ne peut pas savoir avec certitude si les sons de la chasse parviennent jusqu’au secteur où se trouvent Élisa et Curtis : la direction du vent, le relief et la densité des arbres rendent toute affirmation péremptoire impossible.
Elle prend le sentier montant.
Les arbres se resserrent, la pente se fait plus raide.
On est à la lisière de la forêt de Retz.
Entre 13h06 et 13h11, Élisa prend plusieurs photos de Curtis.
On sait ceci :
il est sans muselière,
elle en garde une dans sa voiture “au cas où”.
Jusqu’à 13h11, la journée est encore lisible.
Après, tout se trouble.
5. 13h11–13h16 : la zone blanche
Entre 13h11 et 13h16, il n’y a plus que la forêt.
Ni témoin, ni caméra, ni enregistrement.
Il reste des hypothèses.
Un déséquilibre.
Un mouvement brusque.
Un chien tendu.
Un bruit extérieur.
Un réflexe d’Élisa — comme avec Chivas — pour retenir, soulever, empêcher.
Une montée de tension liée à un environnement plus stimulant.
Un enchaînement de choses trop rapide pour s’inscrire ailleurs que dans l’instant.
On n’en sait rien.
On ne le saura jamais.
À 13h16, Élisa tente d’appeler Christophe Ellul.
L’appel n’aboutit pas.
À 13h19, elle rappelle.
La communication dure 2 minutes 15.
Les seules informations disponibles sur son contenu viennent d’Ellul, et ses déclarations varient au fil des interrogatoires.
Une seule chose est certaine :
à ce moment-là, Élisa est vivante et en difficulté, et elle se tourne vers celui qu’elle croit pouvoir appeler.
6. Le SMS de 13h45 : “Je le fait (sic) piquer”
À 13h45, alors qu’il roule depuis Roissy vers Saint-Pierre-Aigle, Ellul envoie à Élisa :
« Je le fait (sic) piquer »
Il efface ce message avant de remettre son téléphone aux enquêteurs.
On le retrouvera dans le téléphone d’Élisa — téléphone qu’il cherchera plus tard dans la forêt, en le faisant sonner, alors que les secours seront déjà présents.
Ce SMS ne parle pas de secours, ni de panique, ni de peur.
Il parle du chien.
De Curtis.
D’une promesse de le faire euthanasier.
Comme si, dans son esprit, la question centrale était encore “que faire de Curtis ?”, plus que “que devient Élisa ?”.
7. La descente de la rue André-Bonvallet et le Fond de Chafosse
Christophe Ellul arrive enfin à Saint-Pierre-Aigle.
Il descend la rue André-Bonvallet en direction de la forêt.
La rue est vide.
Pas de témoins à ce moment-là.
Rien qu’un homme, un téléphone, et l’angoisse qu’il dit éprouver.
Il entre dans le chemin qui conduit au Fond de Chafosse.
Un endroit encaissé, un bas-fond formé par la topographie, qu’on ne devine pas tant qu’on reste sur le chemin principal.
Sur ce sentier, il tombe d’abord sur des vêtements :
le manteau d’Élisa,
son gilet,
son écharpe.
Il les ramasse.
Un geste présenté comme réflexe, presque mécanique : ramasser ce qui appartient à celle qu’il cherche.
Mais c’est déjà un acte qui modifie l’état brut de la scène.
Un peu plus loin, là où le terrain se creuse brusquement, un fossé naturel s’ouvre : le Fond de Chafosse.
Il faut descendre de quelques mètres pour voir ce qu’il cache.
Ellul descend.
C’est là qu’il la trouve.
Sur le dos.
Les bras en croix.
Le pantalon abaissé.
Le T-shirt déchiré.
Des lésions sévères au bras droit.
Des morsures délabrantes à l’aine droite.
Un scalp, signe d’une violence extrême au niveau du cuir chevelu.
Elle est déjà morte.
À ce moment précis, un autre élément de chronologie s’ajoute :
les procès-verbaux évoquent qu’il croisera des membres de la chasse à courre dans ce secteur, mais sans que l’on sache avec exactitude si cet échange intervient avant ou après la découverte du corps.
On sait qu’il les rencontre, qu’un bref dialogue a lieu, qu’il est question de recherche, mais l’ordre précis — avant le fossé, après le fossé — demeure flou.
8. Ce qu’il fait ensuite : Curtis, les appels, la voisine, les secours
Après avoir trouvé Élisa, Ellul n’appelle pas immédiatement le SAMU.
Les éléments du dossier montrent une autre séquence :
Il récupère Curtis, qui est couvert de sang.
Il le place dans sa voiture.
Dans ce véhicule, les enquêteurs retrouveront plus tard une serviette imbibée de sang, manifestement utilisée pour le chien.
Il passe des coups de téléphone.
Non pas aux secours.
Mais à sa sœur, d’abord.
Puis à l’éleveuse de Curtis.
Ces appels existent, repérés dans le bornage, consignés dans le dossier.
Pendant ce temps, la scène reste instable :
les vêtements ont été ramassés,
Curtis a été déplacé,
la voiture a été ouverte.
C’est une voisine, alertée par l’agitation de Christophe Ellul, qui finit par sortir et qui, voyant la situation, compose le numéro des secours.
L’appel au SAMU est enregistré vers 14h45.
Ce décalage — découverte du corps, appels à la sœur et à l’éleveuse, déplacement du chien, puis seulement l’appel des secours par une tierce personne — sera un point central du débat judiciaire.
9. Les expertises : ADN, lésions, dynamique → un seul chien
Viennent alors les expertises.
Les vétérinaires, les médecins légistes, les généticiens se penchent sur la scène, sur les lésions, sur les traces.
Plusieurs éléments ressortent, de manière concordante :
Les chiens de chasse du Rallye La Passion sont exclus par l’ADN et par la dynamique des blessures.
Pas de marque ADN d’un chien de meute.
Pas de lésions multiples, disparates, incohérentes.
Les lésions — en particulier celles, délabrantes, de l’aine droite — évoquent l’attaque d’un seul chien puissant, capable de maintenir une prise prolongée sur une partie du corps extrêmement vulnérable.
Les traces ADN retrouvées sur certains éléments matériels corroborent la présence de Curtis et ne montrent pas de participation de chiens extérieurs.
La muselière retrouvée sur place est propre, sans sang.
Elle porte un ADN mixte : Élisa, Christophe Ellul, Ice, Curtis.
On sait qu’Élisa en gardait une dans sa voiture “au cas où”.
On sait qu’Ellul a ouvert cette voiture avant que la scène soit figée.
On ne peut pas affirmer qu’il l’a sortie et posée là.
On ne peut pas affirmer l’inverse.
Les procès-verbaux évoquent la possibilité — non prouvée — que certains éléments aient été déplacés ou manipulés avant la fixation officielle de la scène (vêtements, muselière, chien).
C’est une hypothèse, pas un fait établi.
Mais c’est un élément que le tribunal ne pourra pas faire semblant d’ignorer.
Curtis, lui, n’a jamais fait l’objet d’une diagnose officielle de catégorie, contrairement à ce qui a été affirmé de façon approximative dans certains médias.
Ce n’est pas le cœur du dossier, mais c’est une correction de fait.
Pour le procès, ces expertises auront un poids majeur.
Elles disent ceci :
– pas de meute,
– pas de chien de chasse impliqué,
– une dynamique compatible avec un seul chien,
– des ADN cohérents,
– des lésions qui racontent un maintien et non une fuite.
10. Le bruit : militants, réseaux, fables et écrans de fumée
Pendant que les experts travaillaient, le brouhaha public montait.
Des militants de la protection animale ont saisi l’affaire comme un symbole, parfois sans lire une ligne du dossier.
Certains ont proclamé l’innocence absolue de Curtis comme un point de départ, pas comme une conclusion.
La chasse à courre est devenue pour d’autres le coupable idéal, même après son exclusion factuelle.
La presse écrite, la télévision, des émissions “spéciales” et des reportages ont largement donné la parole à Christophe Ellul.
On l’a vu s’exprimer sur les plateaux, dans des longs formats, parfois sans contradiction sérieuse.
On l’a laissé développer sa propre narration : celle d’un homme endeuillé, incompris, assiégé.
Dans ces récits s’est imposée une idée particulièrement nocive :
celle d’une relation quasi fusionnelle, quasi “amoureuse”, entre Élisa et Curtis.
L’idée qu’elle aurait été comme amoureuse de ce chien, qu’il aurait été pour elle un pivot affectif central, presque au-dessus de tout.
Cette idée est fausse.
Ceux qui connaissaient vraiment Élisa parlent d’une femme attachée aux animaux, oui,
mais aussi lucide, capable de dire qu’elle n’arrivait pas à gérer ce chien-là.
Ce n’est pas de la haine.
Ce n’est pas de la peur.
C’est du réalisme.
Cette fable médiatique a eu plusieurs effets :
elle a servi de paravent émotionnel,
elle a détourné l’attention des faits matériels,
elle a permis d’installer l’image d’un homme quasi dépositaire de la vérité, puisqu’il était le survivant,
elle a recouvert la complexité du dossier sous une couche romanesque.
Pendant ce temps, la famille d’Élisa, elle, ne courait pas les plateaux.
Elle ne monopolisait pas les micros.
Elle ne cherchait pas à imposer un récit, mais à faire reconnaître ce qui ressortait des pièces.
11. Ceux qui ont trop fouillé Élisa et trop peu regardé le clan Ellul
Au fil des ans, certains récits prétendument “enquêteurs” ont multiplié les détails sur la vie d’Élisa, sur sa famille, sur ses choix passés.
Ils se sont appuyés, pour ce faire, sur des confidences que les siens avaient données dans un contexte de choc, de deuil, de confiance mal placée.
La famille parlait pour aider à comprendre.
Certains ont parlé pour raconter.
Pour produire une narration.
Pour remplir des pages.
Il y a eu beaucoup d’énergie consacrée à déplier la psychologie d’Élisa.
Beaucoup moins pour analyser de la même manière la personnalité et le fonctionnement de Christophe Ellul et de ceux qui l’entourent.
On a examiné, parfois jusqu’à l’indécence, les hésitations de cette femme qui n’est plus là pour répondre.
On a été nettement plus timoré quand il s’est agi de s’interroger sur l’homme qui, ce jour-là :
possédait le chien,
entraînait ce chien,
l’a importé illégalement,
a reçu les appels à 13h19,
a envoyé “Je le fait piquer” à 13h45,
a trouvé le corps,
a déplacé des éléments,
a appelé sa sœur et l’éleveuse,
n’a pas appelé lui-même les secours.
Cette asymétrie n’est pas neutre.
12. Le procès qui vient : Novion, les envolées, et les faits qui resteront
Le procès ne sera pas seulement un exposé technique.
Ce sera aussi une scène, avec ses rôles :
la famille, les témoins, les experts, l’accusé, la défense, le ministère public.
On sait déjà que Maître Alexandre Novion, avocat de Christophe Ellul, mobilisera une rhétorique puissante.
Lui aussi a lu le dossier.
Lui aussi connaît les zones grises.
Lui aussi sait que tout ne sera pas simple.
On peut s’attendre à des envolées, à des plaidoyers qui chercheront à déplacer le doute, à l’installer dans l’esprit des juges.
Certaines explications feront écho à des narrations déjà vues sur les réseaux sociaux :
la chasse, la meute, le doute absolu, les hypothèses alternatives, les “et si…”.
Ce sera son rôle.
Celui d’un défenseur.
Plaider, tenter, fissurer, déplacer.
Mais les faits, eux, resteront :
le Fond de Chafosse,
les vêtements ramassés,
les cinq minutes 13h11–13h16,
les appels de 13h16 et 13h19,
le SMS de 13h45,
la descente de la rue André-Bonvallet,
les conditions de découverte du corps,
les morsures délabrantes à l’aine droite,
la serviette imbibée dans la voiture,
Curtis couvert de sang,
l’absence d’appel direct aux secours,
les coups de fil à la sœur et à l’éleveuse,
l’appel au SAMU venu d’une voisine à 14h45,
la muselière propre,
les chiens de chasse exclus,
les ADN concordants,
les expertises vétérinaires et médico-légales.
On peut discuter les interprétations.
On peut débattre des intentions.
On peut nuancer des ressentis.
Mais ces éléments-là, on ne peut pas les supprimer.
13. La famille : six ans de silence digne
Pendant que tout cela se joue, la famille d’Élisa n’a jamais renoncé.
Ni au deuil.
Ni à la dignité.
Elle n’a pas multiplié les apparitions publiques.
Elle n’a pas construit de légende.
Elle n’a pas cherché à faire de cette affaire un étendard.
Elle a supporté six années de bruit, de récupérations, d’inexactitudes, de récits tronqués, en réclamant une seule chose :
que les faits soient enfin regardés pour ce qu’ils sont.
Pas pour ce qu’on peut en faire.
Pas pour ce qu’on aimerait qu’ils soient.
Pour ce qu’ils sont.
14. La forêt, encore
Six ans ont passé.
Le Fond de Chafosse est toujours là.
La pente est toujours la même.
La forêt n’a pas bougé, ou si peu.
Ce que la forêt sait, elle ne le dira jamais.
Mais ce que l’enquête a établi, ce que les experts ont éclairé, ce que le dossier contient,
tout cela, désormais, appartient à la justice.
Élisa n’a jamais demandé à devenir un symbole.
Elle était une femme forte, entière, franche, protectrice, têtue, aussi humaine que contradictoire, et c’est précisément pour cela qu’elle mérite mieux que les fables qu’on a inventées autour d’elle.
Elle mérite qu’on lui rende ce qui a manqué pendant six ans :
la vérité, nue, patiente, obstinée.
À sa mémoire.
À la clairvoyance de ceux qui ont tenu bon.
À la famille qui attend que, enfin, le bruit s’arrête.






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